J +1 : discussions avec Abdallah
Je ne sais pas si cela fait toujours parti d’une visite classique avec un guide, mais personnellement, je suis resté avec Abdallah jusqu’à 23h ! Il m’a amené boire le thé chez lui, nous sommes allé boire un Coca, et enfin manger des brochettes dans la banlieue de Fès. Ceci nous a donné le temps de parler, et voici quelques éléments de nos discussions.- « le meilleur système juridique est au Maroc » :
« Vous en France, quand quelqu’un veux porter plainte, cela prend des siècles ! Il faut aller voir un avocat, monter un dossier, le déposer devant le juge, qui convoquera les intéressés plusieurs jours plus tard » m’explique Abdallah. « Nous au Maroc, c’est beaucoup plus simple et efficace. Si, par exemple, une femme a à se plaindre de son mari ou de son voisin, elle ne va pas aller voir le juge, mais va aller dans un souk. Là, elle criera haut et fort qu’elle convoque telle ou telle personne (de préférence en sa présence), pour tel ou tel motif, devant une instance de conciliation. » Dans la plupart des cas, les personnes concernées se présentent effectivement devant le juge, dont les décisions ont forces de loi. Je suppose que cette procédure n’a lieu que pour des conflits sans grande envergure. - leçon de démocratie à un marocain, par un marocain :
Abdallah m’explique comment il a convaincu un de ses amis, qui n’avait pas envie d’aller voter aux élections parlementaires. « Imagine que le gouvernement est un cuisinier, et que nous le peuple, nous sommes les ouvriers mangeant à la cantine. Le cuisinier peut faire des lentilles, ou des pois chiches, mais n’a qu’une seule marmite, et ne peut donc pas faire les deux à la fois. Si je ne donne pas mon avis, il risque de faire les pois chiches, alors que je préfère les lentilles ! Si je laisse les autres choisir à ma place, je vais manger quelque chose que je n’aime pas. Qu’est ce que je risque à donner mon avis ? Juste de manger des lentilles ! Voilà pourquoi il faut voter ! ». J’ai beau avoir choisi le couscous Royal, je me tape tous les jours et pour 5 ans la soupe à la grimasse du nabot… mais je trouve l’image très jolie, et drôle.Puisque nous parlons politique, je cherche à approfondir le sujet. Quid de la démocratie au Maroc ? Abdallah hésite un peu, jette un regard à droite et à gauche, et surtout, enfourne son téléphone portable dans sa djellaba : il craint qu’on puisse l’écouter à distance par le microphone de l’engin même éteint, par une mystérieuse technologie. « Non, ce n’est pas vraiment la démocratie. On sait qui va être élu. (Je pense qu’il me parle surtout du niveau local) Les petits artisans et leurs ouvriers sont obligés de voter certains noms. Par exemple, les potiers se fournissent tous auprès de la même mine d’argile. Si le gérant de la mine a des ennuis avec les autorités locales, celles-ci peuvent passer un marché : elles passent l’éponge sur certaines affaires troubles, à une condition. La mine en situation de monopole doit obliger les artisans et leurs employés, à voter pour les personnes déjà en place, sous peine de ne plus être fourni en argile. » Oui, mais avec l’isoloir, on ne peut pas voir qui vote quoi ! « Il n’y a pas d’isoloir, et les enveloppes ne sont pas vides : les bulletins sont pré remplis. ». Je ne sais pas trop quoi penser… c’est à la fois gros et pas impossible. N’en sachant pas plus, je ne veux pas m’aventurer trop loin sur ce sujet, mais je ne manquerai pas de me renseigner plus !
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