29 sept. 2008

S+1 : « Euh… et tu travailles un peu quand même ? » (01/09 au 07/09)

OK, j’avoue, j’ai pris un peu de retard… rassurez vous (je dits « vous » au cas où quelqu’un d’autre que ma mère lit ce blog), je ne fais pas que du tourisme. La semaine du 01/09 au 07/09 a marqué le début de mon stage au sein de l’AMSSF/MC (association marocaine de solidarité sans frontières / Microcrédit). Après avoir galéré pour trouver le siège de l’association (l’adresse indiquée, « Quartier Prince Héritier », n’est connue de personne, sauf pour la poste. Il faut dire "Bourremana", pour que les gens puissent vous aider), je découvre enfin mon lieu de stage. Les locaux, situés dans un quartier résidentiel assez chic sont spatieux, biens équipés. Je ne m’attendais pas à trouver une si grande structure ! Avec mes préjugés d’occidental, j’imaginais autre chose, plus petit, beaucoup moins structuré. Pourtant, l’association emploi plus de 150 personnes, réparties entre le siège (~50 personnes) et les antennes situées sur le terrain.

Au passage, petit rappel sur ce qu’est l’activité du microcrédit. Dans tout pays, il y a toujours des personnes exclues du système bancaire. Faute de moyens, d’emploi et de revenus stables, de nombreux individus ne sont pas en capacité d’offrir aux banques les garanties suffisantes pour l’obtention d’un prêt. Or le crédit est bien souvent une nécessité, un préalable à toute activité économique. Ainsi, une association de microcrédit propose à des micro entrepreneurs (couturières, épiciers, brodeuses…) des prêts d’un faible montant, adaptés à leurs besoins et à leurs capacités de remboursement. Cela permet de développer et encourager ces activités génératrices de revenus. Au Maroc, l’AMSSF est la première association à s’être lancée dans ce domaine, en 1999, et est la 5e (sur une quinzaine) en terme de taille (derrière Al Amana, Zakoura, etc…). Voilà pour les grandes lignes. plus d'infos ICI


En attendant d’être reçu par la responsable Ressources Humaines, j’ai le temps de ressentir une grande convivialité entre employés. C’est bon signe. Lorsque Loubna Moubtassime (la responsable RH) me reçoit, je suis surpris par son âge : elle n’a que 28 ans. Elle me demande si je suis bien arrivé, s’inquiète de ma santé, puis me pose des questions concernant mes études et mes choix. « _Pourquoi as-tu choisi le microcrédit ? _Parce que je considère les associations dans ce domaine comme de véritables acteurs locaux, ayant une réelle influence (sur la vie des gens ou une économie locale), et qui ont un rôle social de plus en plus important… _C’est vrai nous avons un rôle social. Mais j’aimerais que lors de ton stage, tu ressentes un certain dilemme. Nous sommes une association à but non lucratif (càd qui ne fait pas de bénévolat, mais n’a pas pour but premier de dégager des bénéfices). Pour remplir notre côté social, il nous faut garantir le côté financier, économique, commercial. Il nous faut être pérenne pour survivre et satisfaire les bailleurs de fonds. » Elle me parle de motivation des effectifs, de définition d’objectifs, de gestion du personnel, d’organisation… nous sommes plus proche de l’entreprise que de la petite ONG d’assistance d’urgence !
Ensemble, Loubna et moi définissons un planning pour les trois mois à venir. J’effectuerai 4 semaines sur le terrain en milieu (péri-) urbain dans différentes antennes de Fès, puis 5 semaines dans des antennes rurales. Le mois qui reste me permettra d’observer les autres postes du département crédit. Par la suite, une fois que j’aurais acquis une bonne connaissance du fonctionnement de l’association, nous nous définirons une mission, un objectif à remplir, afin d’être plus « utile » à l’association.


En attendant mes visites sur le terrain, j’accompagne Omar et Meryam, deux autres stagiaires. Je ne leur suis pas d’une grande aide, mais j’obtiens en leur compagnie des informations sur le fonctionnement de l’Amssf. J’ai l’occasion aussi de réaliser que Loubna est une main de fer dans un gant de velours. La voix douce et de tempérament calme, elle sait clairement exprimer ses positions et/ou son mécontentement lorsque cela est nécessaire. La devise inscrite sur le tableau derrière elle la définie parfaitement : « De la bienveillance, pas de complaisance »…

23 sept. 2008

"Votre correspondant n'est pas joignable pour le moment..."

"... veuillez rappeler ultérieurement"

Trève de plaisanterie, j'avoue avoir un peu de retard en terme de mise à jour du blog. Soyez patient (je sais, l'attente est insupportable à ce stade... ;-), mais j'ai perdu ma clé USB qui me permettait de transférer mes textes et mes photos.

Je fais de mon mieux pour rattraper ce manque, et vous donner quelques nouvelles sur mon stage (car oui, je travaille... un peu).

14 sept. 2008

J +2 : deuxième visite de la médina

Encore sous le charme de ma visite de la veille, je décide que la journée de dimanche sera consacrée à une autre excursion dans la médina, en solo cette fois ci et à mon rythme. Je pars à pied, traverse la ville, longe le mur d’enceinte (photo 1), et me fait tirer les oreilles par un policier (pour avoir pris en photo une majestueuse porte du palais royal, ce qui est illégal apparemment). Je supprime la photo, et finalement m’arrête pour regarder une pancarte.

« Salam aleikoum ! Français ? » me demande Zakkarya, un jeune homme de mon âge. « Oui ». Nous discutons un peu. « Arf ! Les guides officiels, ils font que les trucs pour touristes. Mais ils ne connaissent pas la médina. Moi j’y suis né et j’y vis. Si tu veux je te fais faire un tour. Je suis d’origine berbère, je peux te montrer une maison typiquement berbère ! et puis s’il y a une chose à faire dans le quartier andalous, c’est le musée de la musique andalouse. » Bon, alors allons-y !

Nous commençons par une petite vue panoramique sur la médina (photos 2 et 3). Nous redescendons, et nous tombons sur une tannerie, beaucoup plus petite que celle de la veille. Qu’importe ! Car nous passons carrément au travers (après avoir donné 5 DH au gardien…) pour rejoindre la médina (photos 4 et 5). Une fois dans celle-ci, j’ai l’impression de voir l’envers du décor de la veille. Il y a beaucoup moins de marchands, de couleurs, et de monde. Il y a plus gosses, des ruelles encore plus petites et un peu plus de crasse. Enfin, nous arrivons à « la maison typiquement berbère », qui s’avère être aussi le magasin de tapis de son cousin… On m’offre le « whisky berbère », un thé à la menthe avec un peu plus d’épices et de goût qu’un thé marocain classique. On me présente le travail de tapisserie des berbères, la signification des motifs, la qualité du tissage. Il est vrai qu’il y a des pièces magnifiques… que l’on me propose « à un prix berbère, pas comme les arabes ! Les arabes ont toujours les yeux plus gros que le ventre, pas nous ! ». Désolé, mais non merci !

Bref, nous repartons dans notre dédale de ruelles invraisemblable. J’aurais aimé prendre des photos, mais Zakkarya, rejoint par un de ses amis, marche trop vite pour s’arrêter. Et j’ai l’impression de traverser des zones plus intimes, plus cachés, moins ouvertes aux touristes, même s’il n’y a pas de règles précises. Nous nous arrêtons dans un cul de sac. Au fond, une porte sans prétention, et un vieux monsieur assis sur une chaise. Nous passons cette porte et un petit couloir exigu, pour finalement déboucher … sur une vraie merveille. On ne m’avait pas menti : le musée de la musique andalouse vaut vraiment le coup d’œil, du moins le bâtiment, l’exposition étant très pauvre (une ou deux vitrines, quelques affiches). Sur le toit, un autre très bon point de vue sur la médina (26 à 29). Je vous laisse regarder les photos 6 à 25, ainsi que les agrandissements sur les plafonds, en bois sculpté et/ou peint.
  • « Mon père, mes mères, mes frères et mes sœurs, woo-ooo… »
Zakkarya le berbère me fait la visite, et me présente la première chambre de la première femme du professeur de musique vivant jadis ici, la deuxième chambre de la deuxième femme, et ainsi de suite jusqu’à la 4e et dernière femme. « _ Dis moi Zakkarya, il y a beaucoup de marocains qui ont plusieurs femmes ? _ Oui, mon père par exemple, il a deux femmes. _ Et tu as combien de frères et sœurs ? _ 4 frères et 6 sœurs, mais juste de ma mère, pas de l’autre »… D’une manière générale, les familles marocaines sont assez nombreuses. 3 enfants est une petite famille. Concernant la polygamie, du peu que j’ai aperçu de la société marocaine, elle ne semble pas très répandue.
  • « je vais chercher des cigarettes »
En arrivant dans le hall principal de la bâtisse, mon guide non officiel me dit : « Je vais parler avec le gardien et je vais chercher des cigarettes. Après je reviens ». 15 minutes plus tard, il revient, mais avec un pétard à la main. « C’est pas une cigarette ça ! ». Je lui demande s’il fume beaucoup. « Non, non, pas beaucoup, juste 4 ou 5 grammes par jour », soit environ deux phalanges de son petit doigt. Quand même ! « Tu sais, c’est bon pour la tête ! Se faire bronzer la tête, ça permet de voir mieux les choses, d’être plus calme… tu vois ? ». Sans commentaires. Je lui demande si cela pose problème avec la police, et il me répond que non. Le Guide du Routard prévenait lui, que le Maroc appliquait la règle du « 1 gramme, 1 an d’emprisonnement ». Mais cela doit être à titre exceptionnel, car cela sent assez souvent l’herbe de Provence sur les terrasses de cafés.

13 sept. 2008

J +1 : discussions avec Abdallah

Je ne sais pas si cela fait toujours parti d’une visite classique avec un guide, mais personnellement, je suis resté avec Abdallah jusqu’à 23h ! Il m’a amené boire le thé chez lui, nous sommes allé boire un Coca, et enfin manger des brochettes dans la banlieue de Fès. Ceci nous a donné le temps de parler, et voici quelques éléments de nos discussions.
  • « le meilleur système juridique est au Maroc » :
« Vous en France, quand quelqu’un veux porter plainte, cela prend des siècles ! Il faut aller voir un avocat, monter un dossier, le déposer devant le juge, qui convoquera les intéressés plusieurs jours plus tard » m’explique Abdallah. « Nous au Maroc, c’est beaucoup plus simple et efficace. Si, par exemple, une femme a à se plaindre de son mari ou de son voisin, elle ne va pas aller voir le juge, mais va aller dans un souk. Là, elle criera haut et fort qu’elle convoque telle ou telle personne (de préférence en sa présence), pour tel ou tel motif, devant une instance de conciliation. » Dans la plupart des cas, les personnes concernées se présentent effectivement devant le juge, dont les décisions ont forces de loi. Je suppose que cette procédure n’a lieu que pour des conflits sans grande envergure.
  • leçon de démocratie à un marocain, par un marocain :
Abdallah m’explique comment il a convaincu un de ses amis, qui n’avait pas envie d’aller voter aux élections parlementaires. « Imagine que le gouvernement est un cuisinier, et que nous le peuple, nous sommes les ouvriers mangeant à la cantine. Le cuisinier peut faire des lentilles, ou des pois chiches, mais n’a qu’une seule marmite, et ne peut donc pas faire les deux à la fois. Si je ne donne pas mon avis, il risque de faire les pois chiches, alors que je préfère les lentilles ! Si je laisse les autres choisir à ma place, je vais manger quelque chose que je n’aime pas. Qu’est ce que je risque à donner mon avis ? Juste de manger des lentilles ! Voilà pourquoi il faut voter ! ». J’ai beau avoir choisi le couscous Royal, je me tape tous les jours et pour 5 ans la soupe à la grimasse du nabot… mais je trouve l’image très jolie, et drôle.
  • Démocratie et Maroc ?
Puisque nous parlons politique, je cherche à approfondir le sujet. Quid de la démocratie au Maroc ? Abdallah hésite un peu, jette un regard à droite et à gauche, et surtout, enfourne son téléphone portable dans sa djellaba : il craint qu’on puisse l’écouter à distance par le microphone de l’engin même éteint, par une mystérieuse technologie. « Non, ce n’est pas vraiment la démocratie. On sait qui va être élu. (Je pense qu’il me parle surtout du niveau local) Les petits artisans et leurs ouvriers sont obligés de voter certains noms. Par exemple, les potiers se fournissent tous auprès de la même mine d’argile. Si le gérant de la mine a des ennuis avec les autorités locales, celles-ci peuvent passer un marché : elles passent l’éponge sur certaines affaires troubles, à une condition. La mine en situation de monopole doit obliger les artisans et leurs employés, à voter pour les personnes déjà en place, sous peine de ne plus être fourni en argile. » Oui, mais avec l’isoloir, on ne peut pas voir qui vote quoi ! « Il n’y a pas d’isoloir, et les enveloppes ne sont pas vides : les bulletins sont pré remplis. ». Je ne sais pas trop quoi penser… c’est à la fois gros et pas impossible. N’en sachant pas plus, je ne veux pas m’aventurer trop loin sur ce sujet, mais je ne manquerai pas de me renseigner plus !

7 sept. 2008

J +1 (30/09/2008) : première visite de la Médina

Ma première nuit à l'auberge de jeunesse s'est bien déroulée. J'ai eu chaud, et j'ai dormi sans couverture. Le muezzin m'a réveillé lors de son appel à la prière, mais je me suis vite rendormi (et je ne l'entends même plus aujourd'hui). Le lendemain, je me prépare rapidement pour une sortie dans la médina : je souhaite partir avant 10h, pour éviter le guide que Youssef (le gars de la veille) m'a promis, sentant le plan pas net. Mais le monsieur de l'accueil me retient, et le guide se présente à l'entrée de l'auberge. Le concierge me rassure : c'est un guide officiel qu'il connaît bien, il s'appelle Abdallah, la soixantaine environ, la main gauche amputée.

Nous prenons un taxi (je ferai un article spécialement pour eux...), et arrivons au Nord de la vieille ville. Celle-ci est encerclée par une muraille, percée par de nombreuses Bab (prononcer « bèb »), les portes de la villes. L'une d'elles est en chantier, et Abdallah en connaît le chef, qui nous fait monter sur le rempart : exclusivité ! Après ce petit avant goût, nous rentrons dans « le vif du sujet ». D'abord larges, les ruelles se rétrécissent très rapidement. Nous passons par le quartier des grossistes, puis des épiciers. C'est grouillant ! Les mots « souk » et « bazar » prennent tout leur sens ici ! La médina est répartie en trois quartiers principaux, eux mêmes étant subdivisés. En tout, plus de 250 petits quartiers, qui comprennent tous 5 éléments : 1 mosquée, 1 cour coranique, 1 fontaine, 1 four à pain (où les femmes amènent leur pâte, et ne paient que la cuisson) et un 1 hammam. L'âne est le seul moyen de transport de marchandises valables. L'homme qui mène la bête cri régulièrement « Balak! » (« dégagez ») et nous sommes alors obligés de nous serrer contre le comptoir des petits marchands pour les laisser passer. La médina est large d'environ 1,5 km, sur 600 mètres de hauteur. C'est un dédale labyrinthique incroyable de ruelles plus petites les unes que les autres. J'ai l'impression que sans mon guide, je serais perdu et incapable de rejoindre une quelconque extrémité de cette partie de la ville. C'est vraiment un lieu magique, digne des cartes postales ou des contes des 1001 nuits.
Sachez que je ne suis pas satisfait des photos prisent ce jour là. Et puis j’ai oublié tous les noms des monuments importants. Je compte bien y retourner pour rectifier cela.

L' école touristique :
En passant devant une petite porte entrouverte, mon guide me dit que c'est une école, que si je veux je peux y rentrer, mais qu'il ne faut pas que j'oublie la petite pièce. Je rentre, la maîtresse lance deux mots, et tous les gosses se mettent chanter à tue tête ! C'est une chanson en plusieurs langues (je crois reconnaître du français, de l'anglais, de l'espagnol) me souhaitant la bienvenue. C'est gentil, mais ça sonne faux... Je discute avec la maîtresse, et j'apprends que ces gosses ont entre 3 et 5 ans, et qu'ils ont de la chance. L'école n'est obligatoire qu'à partir de 6 ans, donc leurs parents paient 30 DH par mois pour les placer ici. C'est une petite somme, mais tous n'ont pas cette opportunité. Ils y apprennent, outre des chansons pour touristes, les rudiments de l'alphabet arabe et romain, les chiffres. Je prends quelques photos, et donne une pièce de 10 DH. Je préfère qu'elle soit ici que chez un marchand de tapis. En ressortant, je croise un groupe d'espagnols, et j'entends la boîte à musique qui recommence sa chanson... je ne sais si ces enfants ont réellement le temps d'apprendre quelque chose !


Chez le tanneur :
La tannerie est une spécialité du Maroc (d'où la « maroquinerie »), et plus spécifiquement de Fès. Abdallah me mène vers une tannerie qui a plus de 1200 ans ! Le processus n'a quasiment pas changé depuis. Les peaux sont passées dans des bains de chaux et de fientes de pigeons (pour les assouplir !). Elles passent dans une grosse machine à laver, pour finir le nettoyage, puis elles sont teintes. Les teintures sont exclusivement naturelles : le coquelicot pour le rouge, le curry pour le jaune, etc... Les peaux sont ensuite découpées, cousues, assemblées, pour former de magnifiques pièces. Je craque pour une sacoche, qui a l'air de bonne qualité. « C'est de la peau de chameau » me dit-on. A l'odeur, je veux bien le croire ! A l'heure où j'écris ces mots, l'expression « tu pues le dromadaire » m'est concrètement explicitée dès que je m'approche à moins d'un mètre de cette sacoche...

L’herboriste :
Après le cuir, mon guide m'emmène chez l'herboriste du quartier. C'est une grande boutique, avec plein de bocaux contenant de nombreuses plantes mystérieuses (pas de photos désolé). Toute famille marocaine a ses propres remèdes de grands-mères pour les petits soins du quotidien. Pour quelque chose de plus grave, on va d'abord chez l'herboriste pour trouver une solution, et s'il ne peut rien, on va chez le médecin. Pour administrer un traitement au plus juste, l'herboriste a besoin de connaître ses patients. Il peut être amené à discuter un bon moment, afin de bien cerner la personne, avant de proposer une médication. Celui qui m'accueille me présente quelques uns de ses produits. Il verse des graines d'anis noir dans un tissu qu'il torsade, colle le petit sachet à mon nez, me pince une narine et me fait inhaler profondément de l'autre. Wahou ! Ça dégage ! C'est contre la sinusite et les ronflements. Il me montre également ses biens les plus précieux:

  • le safran : vendu en France dans des micro capsules, coupé avec du piment pour garder la couleur rouge, le safran est en fait le pistil de la fleur du crocus. Celle-ci n'en donne que trois par fleur, qui doivent être récoltés précautionneusement à la main (d'où un prix au kilo exorbitant). Quelques pistils suffisent amplement à parfumer tout un plat.
  • L'ambre : non pas celle que l'on taille pour les bijoux, mais celle rejetée par les cachalots ! Ces cétacés ont dans leur estomac des sortes de petites pierres noires, qu'ils recrachent, et qui sont ramenées par les courants sur la plage.
  • Le musc : je savais que ça provenait de l'animal, mais pas plus... et bien c'est du sperme d'antilope séché ! Comment peut on « traire » l'animal ? En l'excitant et en lui faisant sauter sur une fausse femelle. Pensez y en mettant votre déo le matin. Ce la se présente sous la forme d'une pierre gris-verte, friable et odorante.


Le vendeur de piles:
En bon touriste mal organisé, j'avais sur moi deux jeux d'accu à moitié à plats. Mon appareil photo tombe donc rapidement à court d'énergie. On m'emmène en conséquence vers un vendeur de matériel électronique (toujours dans la médina). Il me présente un jeu d'accu « garantie d'origine ». Tient, pourquoi cette précision ? Je n'en veux pas, je souhaite simplement des piles pour finir ma journée. Il me sort des piles Energizer, et mon guide me conseille de les essayer. J'ouvre le paquet : la première pile est oxydée. Je mets les autres dans mon appareil, je l'allume : « batterie faible ». On doit me sortir plusieurs paquets pour que finalement, j'arrive à faire une photo. La précision de tout à l'heure s'explique alors. Abdallah a eu raison de me faire essayer les piles, car il semblerait qu'il y ait un marché du reconditionnement de la pile usagée, qui doit bien fonctionner auprès des touristes et autres personnes non avisées.




commentaires des photos:
n° 1 et 2 : l'auberge de jeunesse
n°3 : murs extérieurs
n°6 : quand je vous dis que les rues sont étroites !
n° 15 : mon vendeur (voleur de piles)
n° 21 : la médina... à perte de vue
n° 22 : mon guide Abdallah à gauche
n°23 et 24 : un "fondouk", où les caravaniers déposaient leurs marchandises et dormaient sur place. Aujourd'hui "fondouk" signifie "hotel" en arabe.
25, 26 : intérieur d'un mausolée
27, 28 : extérieurs sculptés du mausolée
31 : Bab Boujloub, l'une des plus belles portes d'entrée de la médina
32 : vue en hauteur sur une partie de la médina

4 sept. 2008

Jour J : arrivée à Fès Saïss

Il est 17h40 quand l'avion atterri. Le choc de température est brutal : partir à 20° pour arriver à 35°, c'est dur ! Passé la douane, je monte dans un vieux bus poussiéreux. C'est lui qui m'emmènera à Fès, 12 km plus loin. Ce petit trajet m'offre un avant goût assez intéressant.

  • Contraste

Après avoir traversé des champs d'oliviers, nous passons par la « banlieue de Fès ». Un âne tire une charrette à deux roues. Des gosses courent un peu partout, au bord et sur la route sans se rendre compte du danger. Un vieil homme chevauche une bourrique déjà bien chargée. Les maisons sont très simples, 4 murs et 1 toit, de tôles ou de briques. De nombreux bâtiments sont inachevés, gris béton, et des tiges de fer sortent du haut des piliers porteurs. On ressent un certaine misère, un premier aperçu de ce que je risque de côtoyer plus tard.
Soudain, les palmiers se multiplient, les maisons s'agrandissent et se cachent derrière de haus murs. Ce ne sont plus des cahutes, mais des petites villas. J'apprendrai plus tard que ce quartier est le plus cher de la ville. Étrange contraste...

  • "Un marocain au volant, la ... "

Deuxième aperçu marquant : la conduite marocaine. Le Guide du Routard avait prévenu : « D'emblée, on est frappé par l'anarchie totale qui règne aussi bien sur la route que dans la rue. Il y a 3 concepts fondamentaux que le conducteur méconnait totalement : celui de niveau de risque, celui d'anticipation, celui de respect d'autrui. [...] De nombreux automobilistes de respectent pas toujours les stops, doublent en général n'importe où n'importe comment, changent de direction sans clignotant [...] et n'ont aucune, mais alors vraiment aucune notion de distance de sécurité. [...] Ne croyez pas que l'on exagère ! »
Tout est dit, et pourtant... je crois que pour un européen (taxé à la moindre petite infraction, bombardé de spot publicitaire de la prévention routière, disposant d'un permis exigeant) il est impossible d'imaginer à quel point les marocains conduisent dangereusement. 2 ans d'entrainement à la conduite parisienne me sont utiles pour pouvoir traverser. On le fait où on peut, comme on peut, et en regardant comment les autres font...

  • "Tu es Français?"

Avec mes deux gros sacs, mon short et mon teint pâle, je suis vite repéré. Un Jeune, Youssef, se propose de me guider dès ma descente de bus à l'auberge de jeunesse. Il me propose également qu'un guide vienne me chercher le lendemain, 10h. Apprenant que je vais rester ici quelques temps, il me dit qu'il peut m'aider à chercher des appart', et que l'on peut aller boire un thé avec une connaissance qui saura me trouver un logement. Tout ça en 5 minutes de conversations !

Je pose mes affaires et décide de partir à la découverte de la ville. Là encore, au bout de 10 minutes, un autre jeune, Amine, me propose du "Kif" ("Ca te dit un joint?"). Non, merci. Je continue ma route, il m'accompagne et nous iscoutons un peu. En 3 minutes 30 sec. j'ai son numéro de portable, et une proposition pour dormir chez lui avec sa famille, sans n'avoir rien à demander. J'ai l'impression qu'un panneau lumineux me suit au dessus de ma tête, avec écrit TOURISTE d'un côté, et de l'aute POTENTIEL PIGEON...

Il n'empêche que les marocains sont très accueillants et communicatifs. De nombreuses fois je me suis fait arrêté par des passants, qui voulaient simplement discuter un peu, et me souhaiter la bienvenue ("Marhaba" en arabe)

Jour J : départ (29/09/2008)



Le sac est prêt depuis ce matin 3h30. Malgré une courte nuit, j'ai bien dormi, pas vraiment de stress, je me presse simplement de finir les derniers détails. Il aura fallu l'enregistrement des bagages et l'attente devant le hall d'embarquement pour réaliser pleinement que j'allai partir, pour 8 mois, au Maroc. Je suis long à la détente ! C'est donc non sans émotion que je monte dans l'avion.

Malgré toutes mes craintes sur la compagnie Low Cost « Jet4you », l'avion a l'air propre et nous partons à l'heure. Voyage tranquille et sans remous. Du ciel, je suis heureux de voir le sol marocain, jaune, couvert de taches sombres et valonneux. Mon premier cliché saute lors de la descente : la campagne n'est pas seulement aride et rocailleuse. On distingue facilement de nombreuses petites parcelles organisées, labourées et entretenues, et je crois discerner de nombreux oliviers. Nous sommes loin du désert !