7 sept. 2008

J +1 (30/09/2008) : première visite de la Médina

Ma première nuit à l'auberge de jeunesse s'est bien déroulée. J'ai eu chaud, et j'ai dormi sans couverture. Le muezzin m'a réveillé lors de son appel à la prière, mais je me suis vite rendormi (et je ne l'entends même plus aujourd'hui). Le lendemain, je me prépare rapidement pour une sortie dans la médina : je souhaite partir avant 10h, pour éviter le guide que Youssef (le gars de la veille) m'a promis, sentant le plan pas net. Mais le monsieur de l'accueil me retient, et le guide se présente à l'entrée de l'auberge. Le concierge me rassure : c'est un guide officiel qu'il connaît bien, il s'appelle Abdallah, la soixantaine environ, la main gauche amputée.

Nous prenons un taxi (je ferai un article spécialement pour eux...), et arrivons au Nord de la vieille ville. Celle-ci est encerclée par une muraille, percée par de nombreuses Bab (prononcer « bèb »), les portes de la villes. L'une d'elles est en chantier, et Abdallah en connaît le chef, qui nous fait monter sur le rempart : exclusivité ! Après ce petit avant goût, nous rentrons dans « le vif du sujet ». D'abord larges, les ruelles se rétrécissent très rapidement. Nous passons par le quartier des grossistes, puis des épiciers. C'est grouillant ! Les mots « souk » et « bazar » prennent tout leur sens ici ! La médina est répartie en trois quartiers principaux, eux mêmes étant subdivisés. En tout, plus de 250 petits quartiers, qui comprennent tous 5 éléments : 1 mosquée, 1 cour coranique, 1 fontaine, 1 four à pain (où les femmes amènent leur pâte, et ne paient que la cuisson) et un 1 hammam. L'âne est le seul moyen de transport de marchandises valables. L'homme qui mène la bête cri régulièrement « Balak! » (« dégagez ») et nous sommes alors obligés de nous serrer contre le comptoir des petits marchands pour les laisser passer. La médina est large d'environ 1,5 km, sur 600 mètres de hauteur. C'est un dédale labyrinthique incroyable de ruelles plus petites les unes que les autres. J'ai l'impression que sans mon guide, je serais perdu et incapable de rejoindre une quelconque extrémité de cette partie de la ville. C'est vraiment un lieu magique, digne des cartes postales ou des contes des 1001 nuits.
Sachez que je ne suis pas satisfait des photos prisent ce jour là. Et puis j’ai oublié tous les noms des monuments importants. Je compte bien y retourner pour rectifier cela.

L' école touristique :
En passant devant une petite porte entrouverte, mon guide me dit que c'est une école, que si je veux je peux y rentrer, mais qu'il ne faut pas que j'oublie la petite pièce. Je rentre, la maîtresse lance deux mots, et tous les gosses se mettent chanter à tue tête ! C'est une chanson en plusieurs langues (je crois reconnaître du français, de l'anglais, de l'espagnol) me souhaitant la bienvenue. C'est gentil, mais ça sonne faux... Je discute avec la maîtresse, et j'apprends que ces gosses ont entre 3 et 5 ans, et qu'ils ont de la chance. L'école n'est obligatoire qu'à partir de 6 ans, donc leurs parents paient 30 DH par mois pour les placer ici. C'est une petite somme, mais tous n'ont pas cette opportunité. Ils y apprennent, outre des chansons pour touristes, les rudiments de l'alphabet arabe et romain, les chiffres. Je prends quelques photos, et donne une pièce de 10 DH. Je préfère qu'elle soit ici que chez un marchand de tapis. En ressortant, je croise un groupe d'espagnols, et j'entends la boîte à musique qui recommence sa chanson... je ne sais si ces enfants ont réellement le temps d'apprendre quelque chose !


Chez le tanneur :
La tannerie est une spécialité du Maroc (d'où la « maroquinerie »), et plus spécifiquement de Fès. Abdallah me mène vers une tannerie qui a plus de 1200 ans ! Le processus n'a quasiment pas changé depuis. Les peaux sont passées dans des bains de chaux et de fientes de pigeons (pour les assouplir !). Elles passent dans une grosse machine à laver, pour finir le nettoyage, puis elles sont teintes. Les teintures sont exclusivement naturelles : le coquelicot pour le rouge, le curry pour le jaune, etc... Les peaux sont ensuite découpées, cousues, assemblées, pour former de magnifiques pièces. Je craque pour une sacoche, qui a l'air de bonne qualité. « C'est de la peau de chameau » me dit-on. A l'odeur, je veux bien le croire ! A l'heure où j'écris ces mots, l'expression « tu pues le dromadaire » m'est concrètement explicitée dès que je m'approche à moins d'un mètre de cette sacoche...

L’herboriste :
Après le cuir, mon guide m'emmène chez l'herboriste du quartier. C'est une grande boutique, avec plein de bocaux contenant de nombreuses plantes mystérieuses (pas de photos désolé). Toute famille marocaine a ses propres remèdes de grands-mères pour les petits soins du quotidien. Pour quelque chose de plus grave, on va d'abord chez l'herboriste pour trouver une solution, et s'il ne peut rien, on va chez le médecin. Pour administrer un traitement au plus juste, l'herboriste a besoin de connaître ses patients. Il peut être amené à discuter un bon moment, afin de bien cerner la personne, avant de proposer une médication. Celui qui m'accueille me présente quelques uns de ses produits. Il verse des graines d'anis noir dans un tissu qu'il torsade, colle le petit sachet à mon nez, me pince une narine et me fait inhaler profondément de l'autre. Wahou ! Ça dégage ! C'est contre la sinusite et les ronflements. Il me montre également ses biens les plus précieux:

  • le safran : vendu en France dans des micro capsules, coupé avec du piment pour garder la couleur rouge, le safran est en fait le pistil de la fleur du crocus. Celle-ci n'en donne que trois par fleur, qui doivent être récoltés précautionneusement à la main (d'où un prix au kilo exorbitant). Quelques pistils suffisent amplement à parfumer tout un plat.
  • L'ambre : non pas celle que l'on taille pour les bijoux, mais celle rejetée par les cachalots ! Ces cétacés ont dans leur estomac des sortes de petites pierres noires, qu'ils recrachent, et qui sont ramenées par les courants sur la plage.
  • Le musc : je savais que ça provenait de l'animal, mais pas plus... et bien c'est du sperme d'antilope séché ! Comment peut on « traire » l'animal ? En l'excitant et en lui faisant sauter sur une fausse femelle. Pensez y en mettant votre déo le matin. Ce la se présente sous la forme d'une pierre gris-verte, friable et odorante.


Le vendeur de piles:
En bon touriste mal organisé, j'avais sur moi deux jeux d'accu à moitié à plats. Mon appareil photo tombe donc rapidement à court d'énergie. On m'emmène en conséquence vers un vendeur de matériel électronique (toujours dans la médina). Il me présente un jeu d'accu « garantie d'origine ». Tient, pourquoi cette précision ? Je n'en veux pas, je souhaite simplement des piles pour finir ma journée. Il me sort des piles Energizer, et mon guide me conseille de les essayer. J'ouvre le paquet : la première pile est oxydée. Je mets les autres dans mon appareil, je l'allume : « batterie faible ». On doit me sortir plusieurs paquets pour que finalement, j'arrive à faire une photo. La précision de tout à l'heure s'explique alors. Abdallah a eu raison de me faire essayer les piles, car il semblerait qu'il y ait un marché du reconditionnement de la pile usagée, qui doit bien fonctionner auprès des touristes et autres personnes non avisées.




commentaires des photos:
n° 1 et 2 : l'auberge de jeunesse
n°3 : murs extérieurs
n°6 : quand je vous dis que les rues sont étroites !
n° 15 : mon vendeur (voleur de piles)
n° 21 : la médina... à perte de vue
n° 22 : mon guide Abdallah à gauche
n°23 et 24 : un "fondouk", où les caravaniers déposaient leurs marchandises et dormaient sur place. Aujourd'hui "fondouk" signifie "hotel" en arabe.
25, 26 : intérieur d'un mausolée
27, 28 : extérieurs sculptés du mausolée
31 : Bab Boujloub, l'une des plus belles portes d'entrée de la médina
32 : vue en hauteur sur une partie de la médina

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Julien, ce blog s'annonce super bien ! RSS direct...
Non, mais sérieux, t'es parti depuis quelques jours et tu as déjà l'air de vivre une expérience géniale.
Tristan