1 oct. 2008

Retour sur un mois sacré (2/2) : tel que je l’ai vécu

Voici la suite de l’article précédent, non plus d’un point de vue théorique, mais d’un point de vue pratique.

Que change le Ramadan dans la vie de tous les jours ? D’abord, comme dit précédemment, un musulman n’est autorisé qu’à avaler sa salive. On ne boit pas et on ne mange pas le jour. Les fumeurs doivent se retenir de s’en griller une (c’est l’occasion d’arrêter…). Mais je suis surpris de voir que cela va jusqu’aux timbres postes : on ne lèche pas la partie adhésive, mais on les humecte avec un bouchon d’eau, ou une petite éponge ! Si l’interdiction de manger me paraît réalisable, l’impossibilité de boire me rend admiratif. C’est principalement pour cette raison (je pense) que la vie tourne au ralenti la journée.
D’abord, les horaires de travail s’adaptent à ce rythme particulier. Les bureaux et administrations (dont l’association AMSSF/MC) ferment plus tôt (lien), pas plus tard que 15h. Beaucoup de petits commerces sont fermés le matin. Les restaurants (pour les touristes) ne sont ouverts strictement qu’aux heures de repas. Il n’est pas rare d’arriver dans une boutique, et de trouver le vendeur assoupi. D’ailleurs, on trouve beaucoup de marocains dans les parcs, allongés à l’ombre des arbres, piquant un somme. La période entre 16h et 18h -19h est la plus difficile à tenir. C’est aussi à ce moment que les esprits s’échauffent, et j’ai vu plusieurs bagarres éclater dans la rue sur cet intervalle.

Mais lorsque le muezzin fait son appel à la prière du soir, qui marque le couché du soleil, tout bascule. A cet instant (19h en début de mois, 18h20 à la fin), le peu d’énergie qu’il reste dans les corps à jeun ressurgi soudainement. Le sourire monte aux lèvres des quelques personnes qui traînaient encore dans la rue, et celles-ci se mettent à courir pour rentrer chez elles ! Peu de temps avant, tous les commerces ont baissé le rideau métallique, laissant l’impression que plus aucune activité n’a cours. Lorsque l’on sort quelques minutes après l’appel à la prière, la ville est déserte. Pas un piéton, personne ou presque à la terrasse des cafés, impossible de trouver un taxi, et on traverse (enfin !) sans peine les avenues les plus bondées en journée. L’expression « il n’y a pas un chat » n’est pas appropriée, car c’est justement à cette heure ci qu’on en trouve le plus ! Les matous (qui pullulent dans la ville de Fès) en profitent pour faire leurs emplettes dans les poubelles. Bref, avec ces rues vide, abandonnées aux chats, on se croirait dans une ville fantôme. Ce n’est qu’à partir de 20h que tout reprend comme avant. Les commerces rouvrent jusqu’à minuit, les gens sortent, la rue redevient animée, peuplée et agitée, même tard le soir.
Comment se déroulent les repas du soir ? Si la journée sert à purifier le corps, le soir sert à reprendre massivement des forces et de l’énergie. On prend généralement les trois repas de la journée dans une même soirée. Le premier est peut être le plus important. Il est appelé le ftour (ou petit-déjeuner, pris habituellement le matin), qui sert à briser le jeûne est pris au couché du soleil. Le deuxième repas est pris entre 11h et minuit, et le dernier, entre 2h et 4h du matin (le plus tard possible, peu avant les premières lueurs).

J’en viens à la partie que tout le monde attend : qu’est-ce qu’on bouffe le soir ? J’ai eu l’occasion de me faire inviter, et croyez moi que je ne suis pas déçu ! On commence par un délicieux jus, à base de lait, de bananes et d’avocats mixés (probablement le meilleur cocktail de fruits bu à ce jour), puis on boit le Harira, une soupe où l’on trouve de tout : de la tomate, des pois chiches, du riz, de la dinde, des herbes… tout aussi délicieux. En même temps, on prend quelques Chabaquiya, des gâteaux en pâte brisée, imbibés de miel, recouverts de grains de sésame, et des dattes. On mange de larges morceaux de Melawi, des sortes de pancakes à l’oignon et aux herbes (probablement mon plat préféré). Avec un morceau de pain que l’on trempe, on mange aussi de la soupe de fèves. La recette est facile (à première vue) : moitié fèves, moitié huile. Ajoutez à tout cela un peu de cello (ou sfouf selon les régions). C’est une poudre, que l’on mange à la petite cuillère, à base de sésame, de sucre, de farine… et quelques variantes selon les familles et les régions.
Il y a plein d’autres mets, mais je ne peux tous vous les citer. Je ne peux que vous inciter à essayer de vous faire inviter ! Avec un peu de patience, un bon contact, en marquant votre intérêt pour la culture marocaine (et l’islam), et surtout en comptant sur le sens de l’accueil des marocains, c’est tout à fait possible !

Quant au 27e jour, il est ici considéré comme la fête des enfants. Les petites filles sont habillées en « petite fiancée », les mains teintes au Hanna (le henné). Les garçons sont costumés en habit traditionnel. On sort en famille, et on tire le portrait des enfants chez le photographe.
Hier soir, càd la veille du dernier jour de Ramadan, un certain nombre (pour ne pas dire beaucoup) de personnes étaient assises dans la rue, demandant 1 dirham ou deux. Je suppose que c’était pour la zakat, mais j’avoue que je ne sais pas comment s’organise cet aumône aujourd’hui, surtout dans un milieu urbain.

Retour sur un mois sacré (1/2) : pour votre culture religieuse

« On attendais plus que ça ! Aujourd’hui, c’est la fête ! ». Les savants sont formels : ils ont vu le croissant de lune, un nouveau mois lunaire commence, marquant ainsi la fin du mois de Ramadan. C’est aussi pour moi l’occasion de revenir sur ces 29 jours, réels condensés de culture, de traditions et de religion bien sur. Il règne toujours une certaine incertitude concernant le début et la fin de ce mois sacré. Comme dit précédemment, tout dépend de l’observation de la lune, et si la date approximative est connue à l’avance, le Jour J n’est connu que la veille. De même, tous les musulmans ne commencent pas le Ramadan en même temps : les Saoudiens, ayant aperçu la lune les premiers, ont débuté cette année le jeûne un jour plus tôt (le 1er septembre) qu’ici au Maroc (le 02/09).

Quelle est la signification du mois de Ramadan ?
Le Dieu (Al Lah) n’ayant pas réparti les richesses de la même manière entre toutes les personnes, il est important que chaque musulman connaisse la condition des plus pauvres. Ainsi, 1 mois par an, les fidèles ne sont autorisés qu’à avaler leur salive entre la prière de l’aube, et la prière du couché du soleil. Chacun subit alors ce que les plus démunis vivent tous les jours : la faim.

Cet évènement est l’occasion de nombreuses purifications. D’abord du corps, par le jeûne, dont les vertus thérapeutiques sont reconnues par tous les médecins (ont-ils considérés que l’on se goinfrait le soir ?!), mais surtout de l’esprit. On apprend à maîtriser ses désirs et ses envies, on réfléchit sur soi, sa condition, sa vie, sa foi. On doit chercher à être le meilleur possible, à aider son prochain, à se rapprocher du Dieu.

En plus des 5 prières habituelles (de l’aube, du midi, de l’après-midi, du couché du soleil et du crépuscule), 2 prières s’ajoutent ce mois ci, durant lesquels on lit le Coran (entre autre). L’objectif pour chaque musulman est d’avoir lu le livre sacré dans sa globalité durant le Ramadan.
Le premier jour est très important : il est le plus difficile à tenir, et le plus symbolique car marque le début d’un mois de fête. Le 27ème jour est aussi primordial : il correspond à la révélation du Coran à Mohammad (Mahomet) par l’ange Gabriel. Enfin, pour les fidèles d’entre les fidèles, la nuit du dernier jour sert à lire le Coran, du début jusqu’à la fin. Je vous vois déjà écarquiller les yeux : sans vouloir remettre en question la performance de lire le livre sacré en une nuit, je vais vous rassurer. Le Coran est bien moins épais que la Bible ! « Quelques » centaines de pages (et non pas quelques milliers), écrites dans un arabe très complexe, à la fois poétique et philosophique. Ceci doit expliquer qu’une large proportion de musulmans a lu le texte qu’elle vénère (contrairement à d’autres croyants).
Le jour marquant la rupture du jeûne s’appelle l’Aïd (la fête), à ne pas confondre avec l’Aïd el Kebir (la grande fête). La prière du matin peut se faire collectivement, dans un lieu en plein air (s’il fait beau) dont j’ai oublié le nom. Ce jour (férié) est l’occasion de bien s’habiller, d’aller voir les amis, la famille, les proches.

La fin du Ramadan marque enfin la venue d’un autre évènement, l’un des piliers de l’Islam, la Zakat. Dans le Coran, la Zakat est une forme d’impôt que tout musulman se doit de payer. Ayant vécu pendant un mois ce que vit le pauvre toute l’année, le fidèle doit donner l’aumône au pauvre, à hauteur de 10% de ce qu’il possède. Si pour un cultivateur, il suffit de donner 1/10e de sa récolte, le calcul est plus compliqué (mais très précis) pour les autres professions. Chameaux, poteries, richesses, tout est pris en compte. Cet instant permet de renforcer la solidarité, la cohésion et la cohérence de la communauté, de la société.
Vous pouvez calculer votre Zakat en ligne. Identifiez vous ICI (utilisateur: pignouf ; mot de passe : zakat), puis cliquez ICI pour remplir le formulaire.